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Parler aux enfants des attentats

A la suite des terribles attentats perpétrés ce vendredi 13 novembre 2015 à Paris, les enfants et les jeunes sont confrontés aux propos et réactions des adultes qui les entourent et de leurs pairs, à de multiples images, informations, rumeurs...

Ils ont repris la route de l’école, des accueils périscolaires et extrascolaires où le sujet ne peut pas être éludé. La difficulté pour les éducateurs est de réussir à aborder sereinement le sujet avec eux. Plusieurs principes peuvent guider nos interactions avec eux, que ces interactions fassent suite à des sollicitations spontanées ou qu’elles se déroulent dans un temps organisé.

Dans les jours à venir, il sera nécessaire de permettre aux enfants et aux jeunes de pouvoir exprimer, mettre des mots sur leurs émotions dans un cadre d’écoute mutuel et sécurisé. L’émotion suscitée par les évènements ne doit pas nous conduire à renoncer à certains principes lors de ces temps de parole :

  • définir des objectifs et un cadre clair avant d’organiser ces d’échanges ;
  • veiller à ce que nos propres émotions ne nous empêchent pas d’objectiver certains propos, sans pour autant s’interdire de les exprimer aux enfants si la question se pose ;
  • ne pas rentrer dans des détails trop complexes, mais ne pas, non plus, faire de raccourcis rapides et simplistes ;
  • ne pas éluder des questions ou enjoliver des réponses faites aux enfants ;
  • ne pas minimiser l’expression des enfants, et n’interdire aucun sujet.

CommEnt prépArer et mEttre en plAce des tEmps d’expressiOn avec les enfAnts et les jeUnes ?

L’idée est bien de les inviter, de leur laisser la possibilité de s’exprimer et non de les contraindre à le faire. La définition d’un objectif, l’organisation d’un cadre et la préparation des équipes sont indispensables pour mettre en sécurité chaque enfant et chaque jeune dans sa prise de parole.

Les propositions faites doivent intégrer, permettre diverses formes d’expression (orale, écrite, graphique, corporelle, musicale…). La liste des pistes qui vous sont proposées n’est pas exhaustive, elles peuvent être adaptées en fonction de l’âge des enfants et des jeunes.

Quelques pistes :

Le bâton de parole : Le groupe de participants forme un cercle. Une première personne, bâton en main, prend la parole. Lorsqu’elle pense avoir terminé, elle le passe à son voisin de gauche. Celui-ci peut décider de l’utiliser ou de garder le silence, il passera alors à son tour le bâton à son voisin de gauche.

La météo des sentiments : le meneur distribue à chacun des pictogrammes météorologiques. Il demande à chaque participant de choisir le pictogramme représentant pour lui ses sentiments quand il pense aux attentats. Chaque participant qui le souhaite est invité à expliquer pourquoi il fait ce choix. Le meneur peut demander au participant d’approfondir ses propos s’il le souhaite.

Des mots pour un forum : Le groupe de participants forme un cercle. Au centre du cercle, des mots (représentant des émotions) sont écrits sur des feuilles. Chaque participant est amené à choisir individuellement un mot représentant pour lui l’émotion qui le traverse quand il pense aux attentats (laisser la feuille par terre, garder en mémoire son mot). Le meneur prend alors chaque mot par terre un par un en demandant qui a choisi ce mot, puis propose alors aux personnes ayant choisi ce mot d’expliciter. Le temps s’arrête lorsqu’il n’y a plus de mot au sol.

Des images pour en parler : chaque participant choisit un visuel (photo, reproduction de tableau, dessin…) à partir duquel il choisit de s’exprimer sur les attentats et ce qu’il a alors ressenti. Le choix de visuels éloignés de la représentation des attentats peut permettre une mise à distance, un détour qui facilitera la prise de parole et l’expression.

et ensUite ?

Ce premier temps d’expression, suite aux attentats, est une étape incontournable compte tenu de la situation vécue par tout le pays.

Cependant, l’objectif à terme est que ce travail d’expression, d’échange, de compréhension au sein d’un collectif se poursuive dans toutes les structures péri et extra scolaires, en lien avec les autres espaces éducatifs (famille, école, associations socioculturelles et sportives…) et dans le cadre des Projets Éducatifs de Territoire.

Nous sommes face à un enjeu éducatif central auxquels nous devons répondre dans le long terme.

Quelques pistes de travail, qui nécessiteront d’être réappropriées par chaque équipe éducative et mises en oeuvre de manière concertée :
• dans la suite des premiers temps d’expression définir collectivement des mots ou des notions (terroriste, attentat, deuil national, état d’urgence…) afin de mieux se comprendre et d’éviter tout amalgame quant à l’utilisation de certains mots lors de débats,
• organiser régulièrement des espaces d’échanges pour instaurer une culture du débat;
• mener des actions d’éducation à l’image et aux médias;
• mettre en place des ateliers philosophiques (les valeurs de la République, la violence, la mort…)

Des ressOurces pour mieUx comprEndre 

Des ressOurces à utilisEr avec les enfAnts

Ce document s’inspire d’initiatives prises notamment par la fédération du Pas de Calais et l’Union régionale de Franche-comté.