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Égalité femmes-hommes : L’école se donne-t-elle un genre ?

egal-hfRetour sur le dossier paru en novembre dernier dans "Les idées en mouvement", le mensuel de la Ligue de l'enseignement :
Les inégalités hommes-femmes, ce sont d’abord des faits. Les rémunérations ? 27 % d’écart en moyenne. Les tâches domestiques ? 80 % restent assurés par les femmes. La représentation politique ? Pas même 27 % de députées au Parlement...

Les faits sont têtus : l’égalité reste une fiction. Certes, de plus en plus, des lois s’y réfèrent. Fort bien. Mais rien de plus facile à tourner qu’une politique d’égalité : la meilleure preuve en est justement à l’Assemblée nationale. Osons une proposition. Et si, au lieu de se faire plaisir en parlant d’égalité, on se contentait de raisonner en termes d’inégalités, en visant plus modestement à les réduire ? D’aucuns n’y verront qu’un jeu sur les mots. Mais celles et ceux qui se battent sur le terrain comprendront la nuance. Car en s’attaquant à des inégalités on entre dans le dur. On quitte la simplicité des abstractions, celles des idéaux qui tiennent en trois mots au fronton des mairies, pour s’affronter à la réalité, rugueuse, insaisissable, compliquée. Et s’il est un sujet complexe c’est bien celui-là.

Car les inégalités hommes-femmes, ce sont des dynamiques sociales. Derrière les 27 % d’écart sur les rémunérations, il y a les temps partiels ; derrière les temps partiels les inégalités d’accès à la formation ; derrière les inégalités d’accès à la formation se cache l’équilibre des tâches ménagères, et ainsi de suite. En pareille matière l’égalité ne se décrète pas, tout comme on serait bien en peine de rechercher des discriminations. Elles existent, bien sûr. Mais si seulement c’était aussi simple ! Les discriminations, cela se voit, cela peut se combattre, se briser. Elles ont même, parfois, un visage – celui du salaud de service. Au contraire, les dynamiques inégalitaires n’ont pas de visage. Il faut tout un travail pour rendre visible l’invisible ; pour apprendre à les voir, à les comprendre, et à les résorber.

egal-hf2Mais les inégalités hommes-femmes, ce sont des organisations : c’est dans la vie organisée – celle des entreprises, de la représentation politique – qu’elles se donnent carrière. Les dynamiques peuvent trouver leur force ailleurs, en amont ou en aval de l’organisation. Mais c’est en son sein qu’elles se révèlent et se durcissent. C’est une bonne nouvelle : car les organisations sont des mondes structurés, sur lesquels on peut agir. Il ne s’agit pas, bien entendu, de leur faire porter le poids de tout ce qui se joue ailleurs. Mais on peut les amener à reconnaître qu’elles ont un pouvoir d’agir, et qu’il est dans leur intérêt de le faire.

 

Car les inégalités hommes-femmes, ce sont des décisions petites et grandes, et ce sont donc des acteurs. À commencer par les femmes, bien entendu. Certaines de ces décisions sont simplement des symptômes, d’autres sont lourdes de conséquences. Ce sont celles-ci qu’il faut cibler. Et il y a là tout un travail, social et politique à la fois, pour équiper les acteurs, pour informer la prise de décision. Ce sont parfois des détails qui font la différence. Expliquer à une jeune fille qu’elle n’a pas à se demander si elle a les compétences pour devenir présidente de son association quand les garçons, curieusement, ne semblent pas se poser la question. Trouver des solutions pour que les femmes qui ont des enfants ne déclinent pas les offres de formation professionnelle. Alerter une organisation sur l’effet des réunions stratégiques après 18 heures, qui écartent les jeunes mères des cercles du pouvoir. Et demander publiquement à cette organisation pourquoi elle s’obstine. Car nombre de décisions sont prises par des gens qui rendent des comptes.
Le monde de l’éducation populaire a ici un rôle à jouer. Tout d’abord parce qu’il est organisé et qu’il porte donc une responsabilité directe, aussi bien dans ses instances que chez ses salariés : accès aux fonctions de responsabilité, gestion des carrières, politiques de formation, beaucoup reste à faire. Ensuite parce que sa vocation émancipatrice trouve ici l’occasion de se relancer sans se trahir : tant il est vrai que l’éducation et l’instruction sont les premières armes à donner aux filles. Mais les mouvements d’éducation populaire sont aussi, plus largement, parties prenantes de nombre de processus organisés et, dans ces processus, ils ont leur mot à dire.

Enjeux :

La hiérarchisation des sexes est inculquée très tôt dans la socialisation
Très tôt, les enfants sont soumis aux différenciations de sexe, véhiculées, souvent involontairement, par les adultes qui les entourent, y compris à l’école. Ce qui les pousse à reproduire toujours les mêmes schémas sexués d’orientation scolaire et de carrière professionnelle. Françoise Vouillot, psychologue, maîtresse de conférences au Cnam décrypte les processus en oeuvre. Lire l’article

Etudes :

Les femmes dans les manuels scolaires : une infériorité numérique et statutaire
Depuis trois ans, le Centre Hubertine Auclert mène un travail de comptabilité et de décryptage minutieux afin de mieux mettre en avant les inégalités de traitement dont font l’objet femmes et hommes dasn les manuels scolaires. Lire l’article

egal-hf1Associations étudiantes : quelle places pour les filles ?
La société civile est depuis longtemps réputée plus accueillante et plus égalitaire, et l’on pourrait imaginer que cela se renforce dans les associations étudiantes. Qu’en est-il en réalité ? Une étude d’Animafac fait le point et donne quelques pistes. Lire l’article

Initiatives :

L’égalité ça se cultuve!
Pour le Planning familial, les interventions de sensibilisation à l’égalité entre filles et garçons en primaire s’intègrent au travail plus large de prévention contre les violences sexistes quelles qu’elles soient. Lire l’article

Analyse :

L’orientation doit s’écarter des sentiers battus
S’il est entendu que chaque étape compte, de la petite enfance aux trajectoires personnelles et professionnelles des adultes, nul ne disconviendra que l’adolescence est le moment par excellence où les destins s’écrivent. L’idéal de l’émancipation peut s’y déployer, comme il peut s’y abîmer. L’orientation scolaire et professionnelle est à cet égard un enjeu décisif.  Lire l’article

Outils :

Parcours professionnels : les inégalités ont la vie dure
Dans la vie professionnelle, les inégalités ont la vie dure. Elles concernent tous azimuts les rémunérations, le rythme des carrières, l’accès aux fonctions d’encadrement, aux postes de dirigeants… et à la formation professionnelle continue. Mais celle-ci peut devenir une arme pour lutter contre la construction et le durcissement des inégalités. Lire l’article

Politique :

Une réforme transversale en faveur de l’égalité
Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes nous présente en détail  le projet de loi-cadre sur l’égalité entre les femmes et les hommes adopté au Sénat le 17 septembre dernier. Lire l’interview

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